Article tiré de la revue N°43 (4ème trimestres 1994) de la Réunion des Amateurs de Chien Pyrénéens, page 16.

COUP DE PROJECTEUR…


L’OUSTAOU DE PADEL


M. et Mme André Audibert ont constitué un élevage phare du Berger des Pyrénées.
Depuis maintenant plusieurs années, ils ont placé bon nombre de chiens dans les
toutes premières places d’exposition. Ils ont de plus conquis la sympathie d’un
grand nombre d’amateurs, et sont de fidèles participants aux manifestations du club.
Ces raisons conjuguées rendaient leur visite incontournable…


Pouvez-vous nous dire les fondements de votre passion pour le Berger des Pyrénées ?

La passion ne vient qu’avec le temps.
Aujourd’hui, nous continuons ce que faisaient ici
nos ancêtres avec des chiens de berger sans race.
Le Berger des Pyrénées est un chien très attirant par son physique,
et ne pouvait laisser indifférent un passionné des animaux.

Dans quel environnement vivez-vous avec vos Bergers des Pyrénées ?

Nous sommes agriculteurs et vivons dans la ferme appartenant
à notre famille depuis de nombreuses générations.
Les chiens (une quinzaine de 1 à 17 ans)vivent avec nous, mais pas dans la maison.
Nous élevons entre autre des brebis, une centaine. La présence du chien est indispensable
pour la garde quotidienne du troupeau : ici il n’y a pas de clôtures.
A cause du relief et de la pauvreté du sol, rien n’a changé :le berger effectue un travail
ancestral qui n’a pas évolué depuis le temps des troupeaux communs à chaque hameau.

 

Votre travail quotidien sur troupeaux vous unit très intimement à vos chiens. Quelles sont les qualités très spécifiques du Berger des Pyrénées que vous appréciez le plus ?

J’aime les chiens intelligents et vifs : ils doivent faire preuve d’une grande « débrouillardise ».
Ici le chien doit avoir beaucoup d’initiatives afin d’assurer une conduite efficace du troupeau.
Avec sa petite taille, le Berger des Pyrénées est plus adapté pour des manœuvres parfois délicates sur les terrasses.

 

A quel moment avez-vous décidez d’élever cette race de chien et pourquoi ?

Etant paysan, c’est naturellement que la première chienne qui nous donnait satisfaction a reproduit.
L’élevage du Berger des Pyrénées n’a pas fait l’objet d’une décision ; cela est venu petit à petit,
c’est la passion qui nous a entraîné.
Notre première Berger des Pyrénées achetée en 1971 se nommait Ursule des Troubadours.
L’affixe « de L’Oustaou de Padel » date de 1978.

Quelles furent les principales difficultés rencontrées dans l’élevage du Berger des Pyrénées ?

Le Berger des Pyrénées est une race extrêmement difficile à élever à cause de la diversité du type
que la consanguinité ne fixe même pas, ou très peu. Compte tenu de cela, il faut regarder
beaucoup de chiens avant de faire reproduire ceux qui devraient apporter les qualités recherchées.
Le plus déroutant est que l’on peut avoir le pire et le meilleur avec les mêmes accouplements.
Il est impossible de voir l’élevage d’une façon rationnelle comme pour d’autres races
qui transmettent fidèlement leur phénotype.
Dans son caractère il y a une part de fantaisie qui semble se retrouver dans sa reproduction
(peut-être les amoureux de cette race l’apprécient-ils pour cette raison ?)

 

Quelles ont été vos plus grandes satisfactions, les chiens qui vous ont le plus séduits,
et quels furent ceux qui ont fait souche dans votre élevage ?

La plus grande satisfaction a été de voir Fède gagner à Longchamp.
Mais lorsqu’un chien que l’on a produit obtient d’excellent résultats en beauté et en travail,
on ressent aussi une joie.Je ne crois pas qu’il y ait des chiens qui nous ont séduit plus que d’autres,
nous les aimons avec leurs qualités et leurs défauts, tout en ayant tendance
de regarder plus ce qui va mal que ce qui va bien.
Les chiens qui ont fait souche sont Myrtille de l’Estaubé, Alari du Grand Bestiolan
qui nous ont apportés de belles têtes.
Il y a eu aussi Oscar, beaucoup lus rustique.

Quels conseils donneriez-vous à une personne désireuse de devenir propriétaire d’un chiot Berger des Pyrénées et ne connaissant pas la race ?

Beaucoup de personnes achètent un Berger des Pyrénées pour son aspect attrayant, oublient vite
les conseils de l’éleveur au sujet de son caractère et se retrouvent avec un chien de Berger
qui les conduit où lui seul veut.
Il faudrait donc que le nouveau propriétaire se renseigne chez plusieurs éleveurs, chez les particuliers
possédant un chien, à la R.A.C.P. … Mais combien font cette démarche ?
La plupart du temps, la petite boule de poil a jugé son maître dans la semaine qui suit l’adoption.
Rares sont les Bergers des Pyrénées qui se contentent d’un maître peu exigeant ;
il faut donc être vigilant dès le départ pour ne pas se « laisser avoir ».
Le maître idéal est sûrement celui qui utilisera son chien, lui donnera une mission, une responsabilité : il ne demande que ça.

 

Quelles suggestions ou idées souhaitez-vous mettre en avant pour l’avenir du Berger des Pyrénées ?

Le Berger des Pyrénées est à la mode et la production « style animalerie » ou « éleveurs de labrits
sans papiers » est devenue importante.
La R.A.C.P. n’intéresse qu’un nombre restreint de passionnés ou éleveurs.
Nous pensons que les débutants dans l’élevage pourraient être mieux conseillés.
Il faut du temps pour avoir une vision correcte du petit Berger et, si l’on entreprend sa reproduction,
on peut avoir beaucoup de désillusions.
Par l’intermédiaire du bulletin ou des manifestations organisées par la R.A.C.P. (N.E., R.E. …)
il y a sans doute des moyens pour aider ceux qui la connaissent peu.
Nous espérons que l’engouement pour le Berger des Pyrénées ne le changera pas
(comme cela s’est vu dans d’autres races), et que les éleveurs qui l’aiment sauront
maintenir son aspect et son caractère de chien de Berger.
Il faut aussi qu’il continue à être utilisé par des paysans comme chien de troupeau, ce pour quoi il a été créé.

Propos recueillis par Frank CARNEJAC